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ToggleRedressement de la productivité en France
La France semble avoir regagné une part de la productivité qu’elle avait perdue durant la crise sanitaire, selon les observations du Conseil national de productivité (CNP). Les chiffres du dernier trimestre de 2025 montrent que la productivité par tête n’était inférieure que de 0,7 point par rapport à 2019. Pour le secteur non agricole marchand, la productivité au premier trimestre de 2026 était même supérieure de 2,6 % à celle d’avant la crise.
Cependant, cette amélioration cache une faiblesse plus profonde. La productivité de la France est encore inférieure de près de 4 points à ce qu’elle aurait pu être si les tendances de gains de la décennie 2010 s’étaient maintenues. Le défi ne réside plus seulement dans le fait de récupérer ce qui a été perdu durant la pandémie, mais aussi dans la nécessité de générer des gains d’efficacité de manière soutenue.
Disparités marquées entre les entreprises
Le rapport du CNP révèle une information cruciale pour les dirigeants de PME : le problème ne se limite pas à l’invention de nouvelles technologies mais également à leur adoption généralisée. Le CNP fait la distinction entre les entreprises à la « frontière » de la productivité, c’est-à-dire celles qui sont les plus performantes dans leur secteur, et les autres entreprises, moins performantes.
Les entreprises leaders continuent de s’améliorer grâce à l’innovation, à l’adoption de nouvelles technologies et à une organisation optimisée, tandis que les autres peinent à tirer parti de ces avancées. De plus, les chances de rester dans le décile le moins productif sont de 62,5 % d’une année sur l’autre, tandis que celles de rester dans le décile le plus productif atteignent 72,6 %. Sur une période de dix ans, près de la moitié des entreprises étudiées disparaissent, avec un taux de disparition de 69,4 % parmi les moins productives.
Le constat est sévère : l’ajustement économique semble se faire plutôt par la disparition des entreprises les moins efficaces que par un rattrapage des leaders.
Investissement dans la capacité à intégrer l’innovation
Qu’est-ce qui différencie les entreprises qui réussissent à s’adapter de celles qui échouent ? L’accès à la technologie ne suffit pas ; il faut également posséder les compétences et l’organisation adéquates pour l’intégrer efficacement.
Le rapport souligne l’importance du capital humain : les entreprises avec un plus grand nombre de cadres voient généralement leur productivité augmenter plus rapidement. La recherche et développement ainsi que les dispositifs de soutien à l’innovation jouent également un rôle crucial dans cette capacité d’absorption.
Pour un dirigeant, cela signifie que la transformation technologique ne se limite pas à l’achat d’un nouvel outil ou à la numérisation d’un processus. Elle nécessite une formation adéquate des équipes, une évolution des méthodes de travail et le développement de compétences pour exploiter pleinement ces technologies.
Ce défi est d’autant plus crucial que les entreprises les plus productives sont généralement plus grandes, une grande partie des entreprises à la frontière ayant entre 5 et 50 salariés, contre une majorité d’entreprises suiveuses qui comptent entre 2 et 10 employés.
Enjeux démographiques : transformer l’expérience en productivité
Le CNP identifie également le vieillissement de la population comme un défi majeur. Ce phénomène pourrait ralentir la croissance de la population active et donc, potentiellement, la croissance économique. Toutefois, le rapport insiste sur le fait que cela ne doit pas être vu comme une fatalité.
La formation continue, le maintien dans l’emploi, la reconversion, la santé au travail, l’aménagement des fins de carrière et la coopération intergénérationnelle sont des leviers pour maintenir la productivité. Il s’agit pour les entreprises non seulement de garder les seniors actifs, mais aussi d’organiser le transfert de savoir-faire et de continuer à développer les compétences tout au long de la carrière des employés.
La loi du 24 octobre 2025 a introduit une « période de reconversion », qui permet notamment la mobilité vers d’autres entreprises avec une option de retour en cas d’intégration non réussie.
Le secteur de la défense : un nouveau champ d’opportunités pour les PME ?
Un dernier point, peut-être surprenant, est que le réarmement européen pourrait aussi devenir un moteur de productivité, à condition que les dépenses supplémentaires financent l’innovation et pas seulement l’acquisition d’équipements.
Le CNP rappelle que les États-Unis investissent près de 0,4 point de PIB dans la R&D publique de défense, contre seulement 0,03 % dans l’Union européenne et 0,05 % en France. Une augmentation de 10 % de la R&D publique pourrait entraîner une hausse de 5 à 6 % de la R&D privée.
Cette dynamique offre également des opportunités pour les PME et les nouveaux acteurs de la « New Defence », avec des technologies comme les drones, les petits satellites ou les plateformes stratosphériques qui nécessitent des cycles d’innovation courts et une production rapide. Le CNP souligne l’importance d’aider ces entreprises à financer leur innovation et leur développement.
Ainsi, le défi pour les entrepreneurs va bien au-delà de la simple question de la productivité. Dans un contexte marqué par l’IA, le vieillissement de la population et le retour des enjeux de souveraineté, la compétitivité dépendra moins de l’accès à l’innovation que de la capacité des entreprises à l’intégrer, à former leurs équipes et à la transformer rapidement en valeur économique.
Article initialement publié sur Beaboss.fr, le site dédié aux dirigeants de petites et moyennes entreprises.





