Une trajectoire semble tracée d’avance : celle d’Ann Aanesland
Ann Aanesland, chercheuse au CNRS et cheffe d’équipe dans les laboratoires associés à l’École Polytechnique, a consacré une dizaine d’années à la propulsion spatiale. Durant ces années, elle fait la connaissance de Dmytro Rafalskyi, un chercheur partageant sa vision : leur innovation devait transcender le cadre académique des publications.
En 2017, ils décident de sauter le pas. « À cette période, la France accusait un retard significatif par rapport aux États-Unis concernant le développement d’entreprises spatiales privées. C’était l’une des motivations pour lancer notre startup en France, afin de dynamiser le secteur spatial français. » Leur choix de développer leur entreprise en France ne relève pas du hasard mais d’une conviction profonde.
ThrustMe se distingue des autres entreprises émergentes du secteur. Ann Aanesland n’a pas opté pour une levée de fonds massive, ni pour le recrutement d’une équipe de développeurs commerciaux, ni pour une délocalisation dans la Silicon Valley. Elle a érigé méthodiquement une usine à Verrière-le-Buisson, établi une ligne de production et une chaîne d’approvisionnement majoritairement française (80 %), et mis au point une technologie innovante utilisant de l’iode, un propulseur beaucoup moins coûteux que le xénon habituellement utilisé.
Aujourd’hui, l’entreprise est financièrement autonome, produit entre 400 et 500 systèmes de propulsion annuellement, et possède un carnet de commandes rempli jusqu’à mi-2027.
Bootstrap, française et leader international : un choix délibéré
ThrustMe réalise 95 % de son chiffre d’affaires à l’international, notamment au Japon, aux États-Unis et dans divers autres pays. Malgré cela, la production reste intégralement en France. Ce choix, loin d’être paradoxal pour Ann Aanesland, est le résultat d’une décision mûrement réfléchie. Elle a décidé de ne pas délocaliser la production, même face à l’importante demande japonaise ou aux suggestions d’efficacité accrue qu’apporterait une usine asiatique. « Nous sommes très bien en France. La recherche, l’expertise, les techniciens, tout est ici. » Ce n’est pas du nationalisme, mais une stratégie d’entreprise bien pensée.
La qualité, la proximité des équipes de recherche, et la maîtrise de chaque étape de la production ont une valeur inestimable que les économies d’échelle réalisées à l’étranger ne pourraient compenser. La reconnaissance internationale a suivi, avec ThrustMe intégrant la délégation présidentielle lors de la dernière visite d’État au Japon, et ayant équipé le premier data center spatial de Starcloud aux USA, avant même que SpaceX et Amazon n’entrent en scène.
Ses ambitions pour le futur
Derrière la dirigeante pragmatique, il y a une femme passionnée par la démocratisation de l’accès au secteur spatial. Son projet actuel le plus personnel est le recrutement, avec l’objectif de doubler les effectifs de 60 à 120 employés dans l’année. « Beaucoup de techniciens pensent qu’ils n’ont pas leur place dans le spatial. Ils s’auto-censurent et ne postulent même pas, surtout les femmes. »
Pour Ann Aanesland, promouvoir le secteur spatial en Essonne est un moyen de montrer que cette industrie n’est pas seulement destinée aux grandes entreprises, aux diplômés des écoles prestigieuses, aux hommes, ou aux pays plus avancés comme les États-Unis. Son discours transcende une simple stratégie de ressources humaines ; il véhicule une conviction que l’excellence peut être à la fois inclusive et souveraine. ThrustMe en est la preuve vivante.
L’article original « Ann Aanesland (ThrustMe) : quitter la recherche pour monter sa boîte ! » est publié sur Beaboss.fr, le site destiné aux dirigeants de PME.





