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ToggleLa diffusion de l’innovation, un enjeu majeur pour la France
La France ne souffre pas d’un manque d’innovateurs, mais plutôt d’un déficit de connexion entre les entreprises à la pointe de la technologie et celles qui n’ont pas encore franchi le pas. Selon le rapport du Conseil national de productivité de 2026, les entreprises leaders optimisent leur efficacité, leurs investissements et leur capacité à exporter. Cependant, le transfert de leurs technologies, savoir-faire et pratiques vers d’autres acteurs économiques s’effectue de manière incomplète.
Cette observation oriente différemment les discussions. Il reste essentiel de soutenir la recherche avancée et de promouvoir l’émergence de leaders. Néanmoins, la croissance globale dépend également de la capacité des PME et des entreprises moins productives à adopter les innovations existantes, à restructurer leurs activités et à transformer ces innovations en valeur ajoutée. Une innovation limitée à quelques entreprises a un impact réduit sur l’économie nationale.
Analyse détaillée de 2,2 millions d’entreprises
Le CNP a analysé un échantillon représentatif de plus de 2,2 millions d’entreprises, rassemblant 20 millions de données de 2000 à 2023. Cette large base de données permet d’examiner l’évolution de la productivité, la persistance des écarts entre entreprises et les dynamiques de rattrapage, révélant un paysage économique fortement polarisé.
Les entreprises à la frontière de l’innovation génèrent une valeur ajoutée cinq fois plus élevée que leurs suivantes, exportent sept fois plus, affichent un résultat comptable six fois supérieur et détiennent un actif total cinq fois plus grand. Ces disparités ne sont pas uniquement liées à leur taille, mais illustrent également une capacité supérieure à accumuler les ressources nécessaires à l’innovation.
Les entreprises leaders utilisent deux fois plus le crédit d’impôt pour la recherche, emploient davantage de cadres et possèdent 65 % de plus en actifs immatériels tels que logiciels, bases de données, brevets, compétences organisationnelles ou capital de marque, formant une infrastructure de productivité invisible.
Des disparités persistantes
Le positionnement productif des entreprises montre une grande stabilité. Plus de 73 % des entreprises du décile supérieur y restent l’année suivante, tandis que 63 % de celles du décile inférieur continuent de figurer parmi les moins productives. Bien qu’il y ait une progression des entreprises moins avancées, celle-ci est trop lente et insuffisante pour réduire significativement l’écart.
Sur une période de dix ans, 47 % des entreprises analysées disparaissent, un chiffre qui monte à 70 % pour le décile inférieur. Le renouvellement du tissu économique repose donc plus sur l’élimination des entreprises moins performantes que sur leur transformation, ce qui représente également une perte de savoir-faire, d’emplois et de capital.
La distance réduit les bénéfices de l’innovation
Les entreprises leaders génèrent certes des effets de diffusion, mais ces derniers s’atténuent avec la distance productive. Les entreprises les plus éloignées, qui auraient le plus à gagner des innovations, sont souvent les moins préparées pour les intégrer.
La part des entreprises françaises utilisant l’intelligence artificielle et le big data a augmenté, passant de 15 % en 2019 à environ 35 % en 2025. Toutefois, un écart significatif subsiste selon la taille des entreprises, et la France reste en retrait par rapport à la moyenne européenne et aux États-Unis.
L’importance des capacités d’absorption
Les entreprises qui réussissent à rattraper les leaders se distinguent par leurs capacités d’absorption, c’est-à-dire leur aptitude à identifier, intégrer et exploiter des connaissances utiles. Le capital humain qualifié, les activités de recherche et développement ainsi que l’accès aux dispositifs de soutien à l’innovation sont des accélérateurs de convergence.
Les actifs immatériels sont cruciaux car ils facilitent l’apprentissage et la transformation des connaissances en avantages concrets.
De la politique de l’offre à la propagation
Historiquement, les politiques publiques françaises ont favorisé la création de connaissances. Le CNP ne suggère pas de diminuer ces efforts mais recommande de les compléter par une politique de diffusion plus ciblée vers le tissu productif.
Plusieurs approches sont possibles : améliorer la formation, faciliter l’accès des PME à l’expertise, encourager l’investissement immatériel, et promouvoir les collaborations entre différents acteurs économiques.
Chaque PME, un acteur clé de l’innovation
La dynamique d’innovation en France doit continuer à progresser, un facteur clé dans la compétition mondiale. Cependant, l’impact global dépendra de la capacité des nombreuses entreprises à intégrer et utiliser effectivement les innovations.
Le rapport propose une vision élargie de l’innovation, qui englobe la diffusion, l’appropriation et l’application pratique, essentielle pour le prochain bond en termes de productivité.
Source : Conseil national de productivité, Les nouveaux contours de la productivité française, juillet 2026.
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