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ToggleRevue positive de la productivité française post-crise
La France a-t-elle réussi à éviter le déclin significatif de productivité craint suite à la crise sanitaire ? Le dernier rapport du Conseil national de productivité (CNP) suggère une amélioration encourageante par rapport aux analyses précédentes, bien que la situation ne soit pas encore totalement résolue. Selon les chiffres ajustés de l’Insee, la baisse de productivité post-2019 s’avère moins sévère que prévu et montre une véritable reprise depuis 2023. Néanmoins, le niveau de dynamisme d’avant la crise n’a pas encore été atteint.
Il est crucial de comprendre que retrouver le niveau de productivité de 2019 ne compense pas les pertes de production accumulées. Alors que la France gérait les impacts de la pandémie, les problèmes d’approvisionnement, la crise énergétique et les changements dans le marché du travail, la tendance historique de croissance aurait dû se poursuivre. C’est par rapport à cette trajectoire hypothétique que le déficit persiste.
Une réévaluation basée sur de nouvelles données
La productivité apparente du travail, qui rapporte la valeur créée au volume de travail utilisé, peut être mesurée par personne employée ou par heure travaillée. Le rapport 2025 du CNP avait noté une faiblesse persistante de cet indicateur depuis 2019. Toutefois, de nouvelles données ont permis de réévaluer l’impact initial de la crise.
D’après l’Insee, la productivité par tête aurait presque rejoint son niveau d’avant-crise sanitaire à la fin de 2025, n’étant inférieure que de 0,7 point au quatrième trimestre. Pour les employés du secteur marchand non agricole, la reprise aurait été complète dès la fin de 2023, avec une productivité supérieure de 2,6 % au niveau d’avant-crise au premier trimestre de 2026. Ainsi, la France ne semble plus être le maillon faible de l’Europe comme le suggéraient les premières estimations.
Une partie de cette amélioration découle de la révision des comptes nationaux, notamment pour l’année 2023. L’écart par rapport à la tendance pré-Covid, initialement estimé à 5,5 points pour cette année, a été réduit à 4,6 points. Cependant, cette correction statistique n’explique pas tout ; il y a également eu un véritable redressement de la productivité depuis 2023. La première évaluation n’était donc pas totalement erronée mais basée sur une image temporaire d’une économie en cours d’ajustement.
Quatre points de retard par rapport à la trajectoire envisagée
Malgré les bonnes nouvelles, il est essentiel de remettre ces données en perspective. En moyenne en 2025, la productivité par tête était encore inférieure de 4,3 points à sa tendance pré-Covid. À la fin de l’année, elle restait environ 4 points en dessous du niveau qu’elle aurait dû atteindre si les gains des années 2010 avaient persisté. La productivité horaire, qui compense davantage les variations de durée du travail, était presque 5 points en dessous de sa tendance.
Le pays a récupéré une partie du terrain perdu, mais n’a pas comblé le déficit accumulé. Ce retard est d’autant plus inquiétant que le rythme de croissance était déjà modeste avant 2020, et bien inférieur à celui observé avant la crise financière de 2008. Pour les entreprises et les autorités publiques, le débat ne doit pas se limiter à savoir si le niveau de 2019 a été retrouvé, mais plutôt sur la capacité à générer une croissance durable.
Les effets de l’emploi sur l’évaluation de la performance
Le décrochage post-Covid peut être partiellement expliqué par une croissance riche en créations d’emplois. Depuis 2019, les nouvelles embauches ont été stimulées par l’apprentissage et la microentreprise, deux secteurs où la productivité mesurée par tête est généralement plus faible, en partie à cause de durées d’activité effectives réduites. Cette évolution a favorisé l’inclusion sociale, réduit le chômage et facilité l’intégration des jeunes sur le marché du travail, mais elle a également pesé sur la productivité moyenne.
Les entreprises ont également conservé plus de main-d’œuvre qu’elles n’en avaient immédiatement besoin. Cette « rétention » était motivée par le désir de préserver des compétences difficiles à recruter et par l’anticipation d’une reprise. Dans l’aéronautique, par exemple, des contraintes d’approvisionnement ont limité la production malgré un effectif croissant. Leur résolution progressive améliore désormais le ratio, sans pour autant garantir la disparition de tous les impacts du choc initial.
Des disparités sectorielles toujours prononcées
Le redressement global masque des réalités très différentes selon les secteurs. Les services marchands, notamment la programmation informatique boostée par l’intelligence artificielle générative, et l’hébergement-restauration, soutenu par l’activité touristique, ont retrouvé une dynamique plus positive. En revanche, le commerce, la construction et certaines parties de l’industrie demeurent à la traîne.
Le secteur du commerce contribue notamment à hauteur de 1,8 point à l’écart négatif de productivité observé en 2025 par rapport à la tendance. Cette hétérogénéité indique que le rattrapage ne proviendra pas d’une seule source. Les besoins varient selon les secteurs : automatisation et données dans les services, modernisation des équipements dans l’industrie, organisation des chantiers dans la construction, outils numériques et nouveaux modèles opérationnels dans le commerce.
Pour les dirigeants de PME, le rapport souligne que l’amélioration macroéconomique nécessite une analyse spécifique entreprise par entreprise. Investir n’est pas suffisant si l’équipement n’est pas accompagné des compétences, des nouveaux processus et d’une organisation adaptée pour l’exploiter. Les gains récents doivent être consolidés par des investissements productifs, l’innovation, la diffusion des technologies numériques et l’amélioration de l’efficacité interne.
Le vrai défi commence après le rattrapage
La révision statistique clôt en partie le débat sur l’ampleur du décrochage, mais elle soulève une question plus cruciale : quels seront les nouveaux moteurs de croissance ? L’emploi a joué un rôle majeur dans la croissance française ces deux dernières décennies. Avec le vieillissement et le ralentissement de la croissance de la population active, cette ressource sera moins disponible. Parallèlement, la transition écologique, la transformation numérique et la défense nécessitent des investissements considérables.
Le CNP place donc la productivité au cœur de la future croissance du niveau de vie. Le diagnostic est moins alarmant qu’auparavant, mais l’équation reste complexe. La France n’a pas perdu autant de terrain qu’on le pensait, mais elle n’a pas encore retrouvé la trajectoire qui lui permettrait de financer durablement ses ambitions. La priorité n’est plus seulement d’effacer les séquelles du Covid. Elle est de transformer ce rebond en un nouveau cycle de gains de productivité.
Source : Conseil national de productivité, Les nouveaux contours de la productivité française, juillet 2026.
L’article original Productivité : la France a moins décroché qu’on ne le pensait ! est publié sur Beaboss.fr, le site dédié aux dirigeants de petites et moyennes entreprises.





