Le congé pour vendre est une notification envoyée par un propriétaire à son locataire pour annoncer que le bail ne sera pas renouvelé car le logement sera mis en vente sans occupation. En France, cette procédure est strictement régulée par la loi, et toute irrégularité peut entraîner son annulation.
Sommaire
ToggleDéfinition du congé pour vendre
Un congé pour vendre est émis par le propriétaire qui choisit de ne pas prolonger le bail en cours pour pouvoir vendre le bien immobilier libre de toute occupation.
Voici les éléments clés à comprendre :
- Le congé est donné à la fin du bail : tous les 3 ans pour une location non meublée, et 1 an ou 9 mois pour certaines locations meublées. Il n’est pas possible de le délivrer pendant le bail.
- Dans le cas d’un bail d’habitation régulé par la loi de 1989, le congé pour vente doit aussi constituer une offre de vente au locataire, qui bénéficie alors d’un droit de préemption pour acheter le bien à des conditions préalablement fixées.
- Le locataire dispose de 2 mois pour accepter l’offre (ou 4 mois s’il a besoin de contracter un prêt).
- Si le propriétaire vend le logement alors qu’il est encore occupé, le bail continue avec l’acheteur comme nouveau propriétaire.
Un congé pour vendre doit préciser la raison légale pour laquelle il est émis. Sans cela, il peut être contesté.
Critères de validité d’un congé pour vendre
Un congé pour vendre doit respecter certaines conditions de fond et de forme pour être légalement valide.
Liste de contrôle rapide :
Conditions de fond :
- Le bailleur doit réellement avoir l’intention de vendre le bien. Un congé est considéré comme frauduleux s’il n’y a pas d’intention réelle de vente.
- Le notifiant doit avoir la capacité et l’autorité nécessaires : être le propriétaire, un usufruitier avec l’accord du nu-propriétaire, ou un mandataire avec un mandat explicite.
- Le motif doit être légitime et directement lié à la vente du logement.
Conditions de forme :
- Le préavis doit être d’au moins 6 mois pour un bail non meublé.
- La notification doit être faite par lettre recommandée avec accusé de réception, par acte d’huissier, ou en main propre contre réception.
- Le congé doit inclure des informations obligatoires : prix et conditions de vente, information sur le droit de préemption, ainsi que la reproduction des cinq premiers alinéas de l’article 15-II de la loi de 1989.
L’omission de l’une de ces exigences peut entraîner la nullité du congé pour vendre. Les nullités de fond conduisent généralement à une annulation automatique, tandis que les nullités de forme nécessitent souvent que le locataire démontre un préjudice.
Préavis et motifs fréquents d’annulation
Le délai de préavis de 6 mois est une cause commune d’annulation. Le congé doit être reçu par le locataire au moins 6 mois avant la fin du bail pour une location non meublée.
Exemple concret :
- Pour un bail non meublé se terminant le 31 décembre 2026, le congé pour vendre doit être reçu au plus tard le 30 juin 2026.
- Tout congé reçu après cette date est considéré comme nul pour cette période.
- Un congé notifié tardivement résulte en la prolongation du bail de 3 ans, reportant ainsi la fin du contrat à la prochaine échéance (ici le 31 décembre 2029).
La Cour de cassation considère la date de première présentation de la lettre recommandée ou de signification par huissier comme le début du délai, à partir de la réception effective. Un manquement au préavis de 6 mois implique donc la reconduction du bail pour une nouvelle période. Un congé tardif reporte la date de fin du bail à la prochaine échéance, sans possibilité pour le bailleur de corriger son retard.
Moyens de notification et risques de nullité du congé
La forme de la notification est cruciale. Un congé est invalide s’il n’est pas notifié par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte d’huissier.
Les seules méthodes acceptées sont :
- La lettre recommandée avec avis de réception (LRAR)
- L’acte d’huissier de justice
- La remise en main propre contre récépissé ou émargement
Un congé notifié par une simple lettre entraîne sa nullité. De même, un congé envoyé par e-mail ou SMS n’a aucun effet juridique et ne met pas fin au bail.
Il est fortement conseillé au bailleur d’utiliser un acte d’huissier pour éviter toute contestation sur la date de réception ou l’identité du destinataire.
Informations obligatoires : prix de vente, modalités de vente, droit de préemption
Le contenu de la lettre de congé est strictement réglementé.
Voici les informations essentielles à inclure sous peine de nullité :
- Une déclaration claire de l’intention de vendre le logement et une description précise du bien (appartement, maison, annexes, cave, parking).
- Le prix de vente doit être spécifié clairement. Un congé pour vendre sans prix mentionné est invalide. L’absence de précision sur le prix et les modalités de paiement dans le congé compromet sa validité.
- Les modalités de vente : conditions de paiement (paiement comptant, échelonnement), conditions suspensives possibles (obtention d’un prêt), et charges supplémentaires.
- La reproduction intégrale des cinq premiers alinéas de l’article 15-II de la loi de 1989, informant le locataire de son droit de préemption et des délais pour l’exercer. Le non-respect de cette reproduction entraîne la nullité.
- Le congé pour vendre doit mentionner le droit de préemption du locataire, en précisant que celui-ci dispose de 2 mois pour exercer ce droit.
Le droit de préemption doit être notifié par lettre recommandée. Le locataire peut renoncer à son droit à tout moment, mais il doit en être correctement informé au préalable.
Principales raisons d’annulation du congé pour vendre retenues par les tribunaux
Voici les motifs d’annulation les plus fréquemment retenus par la jurisprudence entre 2010 et 2026 :
- Non-respect du délai de préavis légal : congé reçu trop tard, erreur dans le calcul du point de départ, erreur sur la date de fin du bail.
- Manque de mention du prix de vente ou des conditions de paiement : un congé sans mention du prix de vente est invalide, de même qu’une offre imprécise qui empêche le locataire d’exercer son droit de préemption en toute connaissance de cause.
- Non-reproduction des alinéas de l’article 15-II : reproduction incomplète ou incorrecte, causant un préjudice au locataire. Le bailleur doit reproduire les cinq alinéas de l’article 15.
- Manque de capacité ou de pouvoir de la personne émettant le congé : congé signé par un seul usufruitier sans l’accord du nu-propriétaire, ou par un administrateur de biens sans mandat spécial.
- Prix volontairement dissuasif : un prix anormalement élevé destiné à décourager la préemption du locataire peut être considéré comme une fraude.
- Notification irrégulière : lettre simple, e-mail, congé non remis au bon destinataire, absence de notification au conjoint cotitulaire du bail connu du bailleur conformément à l’article 1751 du Code civil.
Le locataire peut contester un congé pour vente sur la base de ces irrégularités, en apportant les preuves nécessaires.
Nullité du congé pour vendre et droit de préemption du locataire
Le lien entre la nullité et le droit de préemption est crucial. Un congé pour vendre équivaut à une offre de vente prioritaire au locataire pour un bail non meublé, à des prix et conditions définis. Le locataire a 2 mois pour accepter l’offre initiale, prolongés à 4 mois s’il a besoin d’un prêt. Le propriétaire doit respecter un délai de 2 mois pour accepter l’offre du locataire.
Si le congé est annulé, l’offre de vente et le droit de préemption qui en découlent disparaissent également. La Cour de cassation a précisé que l’annulation du congé n’entraîne pas le maintien autonome du droit de préemption du locataire, même si celui-ci demande ensuite des dommages-intérêts.
Le droit de seconde préemption existe lorsque le bailleur vend ultérieurement à un tiers à un prix ou à des conditions plus avantageuses. Mais là encore, il suppose l’existence initiale d’un congé pour vendre valable. Sans congé valide, pas de préemption du locataire : la jurisprudence est claire à cet égard.
Nullité de fond, nullité de forme et notion de préjudice
La distinction entre nullité de fond et nullité de forme est essentielle en pratique :
- Nullité de fond : absence totale de motif légitime, incapacité de l’émetteur du congé, intention manifestement frauduleuse. Un vice de forme dans le congé peut entraîner sa nullité sans preuve de préjudice lorsque l’irrégularité touche au fond du droit.
- Nullité de forme : erreur partielle dans la reproduction de l’article 15-II, omission mineure, formalité secondaire non respectée. La jurisprudence exige souvent que le locataire établisse un préjudice concret : manque d’information, impossibilité d’exercer utilement son droit.
Cas particuliers : insalubrité, locataire protégé, conjoint non notifié
Certains cas nécessitent des protections renforcées :
- Insalubrité : en présence d’un arrêté d’insalubrité ou d’un avis de la commission départementale compétente, la durée du bail et les congés peuvent être suspendus. Le bailleur a également une obligation de relogement.
- Locataires protégés : des protections spéciales s’appliquent aux locataires de plus de 65 ans avec des ressources modestes. Un relogement adapté à ses besoins doit être proposé au locataire protégé si le congé est donné. Le non-respect de ces obligations entraîne souvent l’annulation du congé.
- Conjoint ou partenaire PACS : l’article 1751 du Code civil impose la notification du congé aux deux époux ou partenaires lorsque le bailleur connaît officiellement leur situation. Dans une décision de 2024-2025, un congé délivré uniquement à l’occupant principal, alors que le bailleur connaissait l’existence du conjoint, a été rendu inopposable.
Dans ces situations, les tribunaux sont particulièrement stricts et annulent souvent le congé pour vente lorsque les mesures protectrices n’ont pas été respectées.
Conséquences de la nullité du congé pour vendre
Lorsque le juge prononce la nullité, les effets sont concrets et immédiats :
- Le bail se poursuit : en cas de nullité, le bail est reconduit automatiquement aux mêmes conditions. Le locataire n’a pas à quitter les lieux, conserve la jouissance du logement et continue de payer le loyer et les charges habituelles.
- Impact sur la vente projetée : la nullité peut compliquer voire remettre en cause la vente à un tiers lorsque celle-ci a été réalisée en misant sur un logement libre. Le bailleur peut voir sa responsabilité engagée envers l’acquéreur.
- Dommages-intérêts : le locataire peut demander des dommages-intérêts en cas de congé frauduleux ayant causé un préjudice (déménagement forcé, frais engagés, trouble de jouissance). Le rapport entre la gravité de la fraude et le montant accordé est apprécié souverainement par le juge.




