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ToggleL’utilité du renoncement pour un dirigeant
Dans mon ouvrage, je discute de la « théorie du cheval mort ». Cette théorie, bien connue dans le milieu des affaires, suggère que « si tu montes un cheval mort, la meilleure chose à faire est de descendre. » Ainsi, un dirigeant doit être capable de reconnaître quand son projet ne peut plus réussir. La persévérance n’est pas toujours une vertu ; il faut parfois accepter de laisser derrière soi le temps, l’effort et l’argent investis et admettre qu’il est temps de se retirer, plutôt que de persister en pensant « au point où on en est, autant finir ».
Arrêter, est-ce aussi savoir diriger ?
Absolument ! La métaphore est pertinente. Je fais référence dans mon livre à Bernard Moitessier qui, lors d’une course, a choisi de ne pas terminer et de prendre une autre direction vers le Pacifique. J’aborde également le concept de kairos, le « moment propice » en grec. Parfois, le timing n’est tout simplement pas le bon, nécessitant patience et adaptation aux circonstances, tout comme un capitaine doit naviguer en fonction des éléments.
Pourquoi de nombreux leaders persistent-ils dans des projets voués à l’échec ?
Je pense que cela relève souvent de l’ego, qui nous empêche de reconnaître nos erreurs et nous pousse à vouloir avoir raison, même au prix de l’erreur. Cependant, au-delà de cet aspect psychologique, je crois aussi que les dirigeants ne prennent pas suffisamment en compte les avis de leur entourage et de leurs collaborateurs, ignorant parfois les bénéfices de l’intelligence collective.
L’obstination est-elle vraiment un défaut ?
C’est ce que j’essaie de démontrer dans le livre : la persévérance peut devenir de l’obstination, ce qui n’est pas nécessairement positif. La véritable qualité, à mon avis, est de savoir quand il faut insister et quand il faut abandonner. Il est crucial de pouvoir prendre du recul. On peut penser qu’on n’a rien à perdre à essayer, mais c’est aussi risqué que de jouer à la roulette russe.
Comment maintenir sa lucidité dans un milieu qui valorise la performance à tout prix ?
La réponse est impliquée dans la question même : il ne faut pas valoriser la performance à tout prix. Le parcours importe davantage que la destination finale, et l’expérience collective plus que les récompenses individuelles. La clé, s’il en existe une, est de réfléchir à ce qui est véritablement important, aux valeurs que l’on souhaite défendre et à ce que l’on est prêt à sacrifier ou non.
Le courage consiste-t-il plus à continuer ou à changer de cap aujourd’hui ?
Je ne prône pas le renoncement systématique, et il est souvent admirable de persévérer. Cependant, il est peut-être plus approprié de parler de changement de direction plutôt que de renoncement, qui peut avoir une connotation péjorative pour certains. Conclure un projet à temps peut éviter bien des désastres. C’est dans cet esprit que le film Gladiator commence par la réplique : « Les hommes devraient savoir quand ils sont vaincus ». Savoir quand se retirer peut éviter de tout perdre.
Cet article « Le Courage de renoncer » de Gilles Vervisch est publié sur Beaboss.fr, le site pour les dirigeants de petites et moyennes entreprises.





